Madame la Députée, Monsieur le Député,
Par cette lettre, nous voulons attirer votre attention sur le risque de dégradation de l’accès aux soins de vos concitoyennes :
L'essentiel en quelques lignes. Le parcours de santé des femmes se réorganise sans concertation, en transférant des activités médicales vers des professionnels non médecins et médecins généralistes, alors que la mortalité périnatale française figure parmi les moins performantes d'Europe.
Le gynécologue-obstétricien disparaît peu à peu des textes officiels, et avec lui l'accès direct au spécialiste et le libre choix des patientes.
Nous ne défendons pas une profession : nous demandons un parcours lisible, coordonné et sûr.
Un parcours qui perd en lisibilité. Le décret n° 2025-1426 du 30 décembre 2025, le « Plan stratégique 2030 des sage-femmes » et la promotion d'un statut de « sage-femme référente » consacrent un transfert croissant d'activités. Dans le même temps, le gynécologue-obstétricien s'efface des textes et des supports officiels.
Cette évolution s'est faite par étapes. Centrée à l'origine sur l'accouchement physiologique, l'activité des sage-femmes s'est étendue au suivi de grossesse et du post-partum, aux soins du nouveau-né, à la prévention, puis à l'ensemble de la gynécologie et à l'échographie.
En l'absence de règles d'orientation clairement définies, la prise en charge de pathologies complexes est fragilisée : endométriose, cancers, troubles de la fertilité et PMA, ménopause, grossesses à risque. Il en résulte une confusion pour les patientes et un risque de retards diagnostiques, alors que la précocité de la prise en charge conditionne souvent le pronostic.
Une différence de formation à reconnaître. Les sage-femmes ne sont pas médecins. Leur formation, de 5 à 6 ans, ne saurait être assimilée à celle des gynécologues médicaux, des gynécologues-obstétriciens et des médecins de la reproduction (12 à 15 ans). Celle-ci repose sur la maîtrise globale de la physiologie, de la pathologie, du diagnostic et des complications.
Une démarche non corporatiste. Nous appelons à un travail collaboratif, sans cloisonnement, avec les sage-femmes, les autres professionnels de santé et les médecins généralistes.
Nous proposons dans les neuf départements dépourvus de gynécologue médical, un parcours de soins solidaire utilisant une aide en téléconsultation et un roulement des professionnels de santé organisé avec tous les acteurs : spécialistes, sage-femmes, médecins généralistes.
Ce travail commun doit être au cœur des décisions pour améliorer la morbi-mortalité périnatale.
À l'inverse, ces réformes sans concertation fragiliseront l'exercice de la gynécologie-obstétrique, accentuent le désengagement des professionnels de terrain et, avec eux, la santé de vos administrées.
Nous vous demandons de nous soutenir pour :
- Réaffirmer la place du médecin spécialiste (gynécologue, gynécologue-obstétricien, médecin de l'infertilité) dans le parcours de santé des femmes, en garantissant l'accès direct et le libre choix des patientes.
- Définir strictement et de manière opposable les champs de compétences, notamment en gynécologie et en échographie, ainsi que les règles d'orientation.
- Rétablir une équité économique et organisationnelle, afin de préserver l'attractivité des carrières médicales, la pérennité de l'offre de soins et la formation des jeunes médecins.
- Rédiger, ou amender, une proposition de loi sur le respect de la femme recevant des soins intimes, en collaboration avec les professionnels de terrain.
Nous souhaitons vivement une concertation entre tous les professionnels de santé de terrain, hospitaliers et libéraux, afin de garantir l'accès aux soins et la qualité de la prise en charge des femmes, des couples et de la périnatalité.
Nous restons à votre disposition pour vous présenter des propositions concrètes.
Veuillez agréer, Madame la Députée, Monsieur le Député, l'expression de notre considération distinguée.
Docteur Silvia ALVAREZ Présidente LA FEMME
Docteur Azza AGLAN Secrétaire Générale
