Personne ne devrait subir un examen gynécologique ou obstétrical sans avoir reçu une information claire et donné un consentement libre et éclairé. Sur ce principe, il n'existe aucun débat. Lorsqu'un manquement survient, il est inacceptable.
Restaurer la confiance, garantir le respect
Les professionnels de la santé n'ont rien à gagner à minimiser ces situations. Bien au contraire. Depuis plusieurs années, les pratiques évoluent, les formations se renforcent, la culture du consentement progresse et les recommandations professionnelles rappellent avec force que le respect de la parole des patientes constitue un fondement de la qualité des soins.
Mais parce que cette exigence est essentielle, elle mérite une autre exigence tout aussi fondamentale : celle de la rigueur scientifique.
Le débat public ne peut reposer sur des chiffres qui disent davantage ce que ressentent les personnes ayant choisi de témoigner que ce qui se passe réellement dans l'ensemble du système de soins.
L'enquête publiée le 18 juin 2026 affirme que huit femmes sur dix auraient subi une atteinte à leur consentement au cours de leur parcours gynécologique ou obstétrical. Présenté ainsi, ce chiffre laisse penser qu'il mesure une réalité nationale.
Ce n'est pourtant pas ce que permet sa méthodologie
L'étude repose sur un questionnaire en ligne auquel plus de 10 000 personnes ont répondu volontairement, après diffusion par une association engagée dans la défense des droits des femmes. Cette démarche possède une véritable valeur : elle recueille des expériences, fait émerger des situations parfois invisibles et donne la parole à celles qui souhaitent témoigner.
Mais un recueil de témoignages volontaires ne constitue pas un échantillon représentatif de la population. C'est une limite statistique bien connue. Les personnes qui répondent spontanément à ce type d'enquête sont souvent celles qui ont vécu les expériences les plus marquantes, les plus douloureuses ou les plus injustes.
Ces témoignages sont indispensables pour comprendre certaines réalités. Ils ne permettent pas, en revanche, d'estimer combien de femmes sont concernées dans l'ensemble de la population.
Confondre ces deux niveaux d'analyse est une erreur méthodologique. Et lorsque cette confusion nourrit ensuite le débat public ou le débat législatif, elle devient un problème démocratique.
Notre propos n'est pas de remettre en cause la légitimité des associations qui défendent les droits des femmes. Leur rôle est indispensable. Le plaidoyer est parfaitement légitime dans une démocratie.
Mais précisément parce qu'il s'agit d'un sujet aussi sensible, chacun doit assumer son rôle.
Aux associations revient celui de porter les témoignages, d'alerter les pouvoirs publics et de faire progresser les droits.
Aux chercheurs revient celui de produire des connaissances selon des méthodes transparentes.
Aux médias revient celui d'expliquer ce que les données permettent réellement de conclure.
Aux responsables politiques revient celui de construire des politiques publiques sur des preuves solides.
Lorsque ces frontières disparaissent, le risque est double.
D'abord, les femmes peuvent perdre confiance dans un système de soins qui est présenté comme massivement maltraitant alors que les données disponibles ne permettent pas de l'affirmer.
Ensuite, les professionnels de santé, déjà confrontés à une crise démographique sans précédent, peuvent voir leur engagement injustement remis en cause. La gynécologie-obstétrique connaît aujourd'hui des difficultés majeures de recrutement. Alimenter une défiance généralisée risque d'éloigner encore davantage les jeunes médecins d'une spécialité pourtant essentielle à la santé des femmes.
Les données représentatives actuellement disponibles dessinent d'ailleurs un tableau plus nuancé. L'Enquête nationale périnatale de 2021, conduite par l'Inserm, la DREES et Santé publique France auprès de plus de 12 700 femmes, montre que plus de neuf femmes sur dix se déclarent satisfaites de leur prise en charge pendant la grossesse et l'accouchement.
Cette enquête ne répond pas directement à la question du consentement. Elle ne permet donc pas de contredire ni de confirmer les résultats du questionnaire publié en juin.
Elle rappelle simplement une évidence : selon la méthode utilisée, les conclusions peuvent être très différentes. C'est précisément pourquoi les méthodes comptent.
Le consentement mérite aujourd'hui une véritable évaluation nationale fondée sur des enquêtes épidémiologiques représentatives, transparentes et reproductibles. C'est la seule manière de mesurer l'ampleur réelle des difficultés, d'identifier les situations à risque et d'évaluer objectivement les progrès accomplis.
La Charte du respect de la personne soignée publiée par le CNGOF en 2021 témoigne de cette volonté d'améliorer sans cesse les pratiques et de garantir une information claire ainsi qu'un consentement libre. Les générations de médecins se féminisent, le mouvement #MeToo a marqué une étape majeure dans le respect de l'intime et des violences faites aux femmes : tout ceci est déjà en place. Dans ce contexte, faut-il légiférer ?
Nous appelons donc à quatre engagements simples
- Présenter les enquêtes pour ce qu'elles sont, sans transformer un recueil de témoignages en estimation nationale.
- Publier de manière transparente les méthodes et permettre leur discussion scientifique.
- Lancer une étude nationale représentative sur le consentement en gynécologie et en obstétrique.
- Renforcer simultanément la formation des professionnels, l'écoute des patientes et les dispositifs permettant d'identifier et de prendre en charge les situations de violence.
Il ne faut jamais opposer la parole des femmes à la science.
La science est précisément ce qui permet de transformer cette parole en politiques publiques efficaces.
Les témoignages révèlent les problèmes. Les études mesurent leur ampleur. Les deux sont indispensables.
Le consentement des femmes mérite que nous soyons irréprochables sur ces deux exigences.
Parce que la confiance ne se construit ni sur le déni, ni sur l'exagération.
Elle se construit sur la vérité.
