L’association La Femme publie une première analyse documentée sur le niveau et la qualité des soins prodigués dans les services de gynécologie et d’obstétrique des hôpitaux et cliniques français en se basant sur les données fournies par le classement international Newsweek 2027.

Le magazine américain Newsweek, vient de publier son classement international des meilleurs hôpitaux et cliniques spécialisés du monde pour 2027. Seize hôpitaux français se hissent dans ce palmarès. L’association La Femme, à l’occasion de sa parution dans le journal officiel, a scruté avec détail ces résultats et en particulier, ceux qui concernant les soins gynécologiques et obstétricaux prodigués en France. Cet article constitue notre premier « état des lieux ».

Méthodologie

Le classement des hôpitaux mondiaux et spécialisés de Newsweek, réalisé en partenariat avec l'institut Statista, s'appuie en partie sur les données officielles de la Haute Autorité de Santé (HAS) pour évaluer les établissements français.
La méthodologie globale du classement repose sur plusieurs piliers fondamentaux :

  • Les indicateurs de qualité médicaux : Pour la France, Statista extrait et utilise les données de qualité de prise en charge et de sécurité des soins qui sont obligatoirement recueillies par la HAS (comme les indicateurs nationaux de qualité et de sécurité des soins).
  • Les données d'accréditation et de certification : Le niveau de certification publique d'un hôpital ou d'une clinique (procédure pilotée exclusivement par la HAS en France) est intégré dans le score d'accréditation du classement.
  • L'expérience patient : En complément, le classement intègre les enquêtes de satisfaction, mesurées sous l'égide de la HAS et des ministères de la Santé.
  • Les recommandations de pairs et les PROMs : Le reste de la note globale s'appuie sur une vaste enquête internationale auprès des professionnels de santé (médecins, directeurs d'hôpitaux) et l'évaluation du déploiement des Patient-Reported Outcome Measures (PROMs : il s’agit de la mesure des résultats d’un passage dans un établissement de santé tel qu’il est vécu par les patients eux-mêmes).

En résumé, Newsweek et Statista construisent eux-mêmes leur algorithme de notation et réutilisent les données officielles publiques produites par la HAS pour évaluer la qualité factuelle des hôpitaux français, ce qui permet aux lecteurs une vision plus complète de la prise en charge.

L’association La Femme vient d’y apporter un éclairage supplémentaire en y ajoutant plusieurs éléments de comparaison et d’analyse afin d’informer la population générale, les professionnels de santé et les pouvoirs publics.

Résultats

Les 13 spécialités mises en avant par ce nouveau classement sont :

  • Chirurgie cardiaque ;
  • Cardiologie ;
  • Endocrinologie ;
  • Gastroentérologie ;
  • Néphrologie ;
  • Neurologie ;
  • Neurochirurgie ;
  • Gynécologie-Obstétrique ;
  • Oncologie ;
  • Orthopédie ;
  • Pédiatrie ;
  • Pneumologie ;
  •  Urologie.

Il est à noter que le classement de la Gynécologie-Obstétrique est assez récent - il a été ajouté pour la première fois en 2024. Nous manquons donc d’éléments de comparaison dans le temps.

Voici la liste complète des établissements français classés en Gynécologie-Obstétrique dans le World's Best Specialized Hospitals 2027 de Newsweek-Statista :

Rang mondial

Établissement

Ville

24

AP-HM - Hôpital de la Conception

Marseille

34

AP-HP - Hôpital Necker-Enfants malades

Paris

45

AP-HP - Hôpital Antoine Béclère

Clamart

58

AP-HP - Hôpital Universitaire Pitié-Salpêtrière

Paris

61

AP-HP - Hôpital Européen Georges-Pompidou

Paris

84

CHRU Strasbourg - Hôpital de Hautepierre

Strasbourg

92

AP-HP - Hôpital Cochin

Paris

94

CHU Clermont-Ferrand - Gabriel-Montpied

Clermont-Ferrand

Soit 8 établissements français sur les 125 du classement mondial pour cette spécialité, dont 5 relevant de l'AP-HP (Paris/Clamart).

Après avoir établi un classement similaire, spécialité par spécialité, du rang mondial des établissements français et après avoir analysé les différentes données, voici ce qu’il en ressort :

Tableau comparatif complet (13 spécialités)

Spécialité

Nb. d’établissements étudiés

Nb. hôpitaux FR

% présence

Meilleur rang FR

Néphrologie

100

3

3,0%

11e

Cardiac Surgery

150

7

4,7%

6e

Neurochirurgie

125

6

4,8%

12e

Neurologie

150

8

5,3%

11e

Oncologie

300

16

5,3%

3e

Gastroentérologie

175

10

5,7%

21e

Obstétrique-Gynécologie

125

8

6,4%

24e (le moins bon)

Urologie

125

8

6,4%

10e

Pneumologie

150

14

9,3%

20e

Orthopédie

150

12

8,0%

14e

Endocrinologie

150

12

8,0%

15e

Cardiologie

300

27

9,0%

5e

Pédiatrie

250

8

3,2%

7e

Bilan général sur les 13 spécialités

En classant les spécialités du meilleur au moins bon résultat de pointe pour la France :

  1. Oncologie (3e), Gustave Roussy
  2. Cardiologie (5e), CHU La Pitié
  3. Chirurgie cardiaque (6e), CHU La Pitié
  4. Pédiatrie (7e), Necker-Enfants malades
  5. Urologie (10e), CHU La Pitié
  6. Neurologie (11e), CHU La Pitié
  7. Néphrologie (11e), CHU La Pitié
  8. Neurochirurgie (12e), CHU La Pitié
  9. Orthopédie (14e), CHU La Pitié
  10. Endocrinologie (15e), CHU La Pitié
  11. Pneumologie (20e), CHU La Pitié
  12. Gastroentérologie (21e), CHU La Pitié
  13. Gynécologie-obstétrique (24e), première française mais en dernière position parmi les spécialtés analysées, AP-HM - Hôpital de la Conception.

Analyse

Force est de constater qu’hormis pour 5 spécialités, l’oncologie, la cardiologie, la chirurgie cardiaque, la pédiatrie et l’urologie, la France n’est pas dans le « top ten » pour la neurologie, la néphrologie, la neurochirurgie, l’orthopédie, l’endocrinologie, la pneumologie, la gastroentérologie et la gynécologie-obstétrique qui arrive au bas du classement.

L’établissement de La Pitié à Paris, truste donc le classement des établissements français les mieux classés à l’international dans plusieurs spécialités.

Conclusions

Sur les 13 spécialités analysées, la gynécologie-obstétrique française ne place aucun établissement dans le top 20 mondial - un contraste frappant avec l'oncologie (Gustave Roussy, 3e) et la pédiatrie (Necker, 7e), qui montrent que la France peut produire des centres d'excellence mondiale reconnus, mais où ce modèle semble moins présent (ou moins visible à l'international) en  gynécologie-obstétrique proprement dite.

Si l’on s’intéresse plus particulièrement à la gynécologie-obstétrique, cette spécialité est la moins bien classée, puisque le meilleur établissement français n’est qu’à la 24ème place.

Ce constat reflète une crise structurelle profonde de la spéialité en France, qui pourrait s'expliquer par plusieurs facteurs :

  • La raréfaction des gynécologues par établissement ? La gynécologie médicale et l'obstétrique subissent une baisse drastique d'effectifs depuis plusieurs années.
  • La fermeture de maternités ? Les changements de modèles dans l’organisation des soins en obstétrique a conduit à la fereture de nombreuses structures de proximité au profit de grands pôles, saturant parfois les capacités des grands centres universitaires.
  • Le vécu des patientes dans leur prise en charge au sein des établissements ?
  • La place des femmes dans la priorisation des financements publiques ?

La question, les questions se pose (nt) et devra, devront être analysée(s) afin d’améliorer cette situation qui interroge sur la prise en charge de la santé des femmes en France.

Sources

Newsweek 2027

Méthodologie