La Femme — comparateur professionnels de santé
Un poids…
6 mesures !
La convention médicale ne fixe pas le prix d'un examen selon sa complexité ou le temps qu'il exige, mais selon le secteur d'exercice du professionnel qui le réalise. Pour une même consultation de suivi gynécologique avec frottis, la base de remboursement sur laquelle vous êtes payé — et sur laquelle vos patientes sont remboursées — varie du simple au presque-double. Ce mécanisme n'est pas neutre : il façonne où et comment les femmes accèdent aux soins.
La base de remboursement, secteur par secteur
Tarifs conventionnels en vigueur au 1er janvier 2026 (Ameli), consultation de suivi gynécologique. Trois curseurs changent la situation simulée : le parcours de soins suivi, le dépistage associé, et la mutuelle de la patiente. La base de remboursement fixée par la convention, elle, ne bouge jamais au gré de ces choix.
Une garantie « 100 % de la base » complète jusqu'au tarif conventionné (ticket modérateur) mais ne couvre aucun dépassement. Une garantie « 200 % » peut aussi couvrir jusqu'à un dépassement équivalent à la base. La participation forfaitaire de 2 € n'est, dans tous les cas, jamais remboursée.
C'est l'écart de base de remboursement en accès direct spécifique entre un gynécologue en secteur 1 (ou OPTAM), un confrère en secteur 2 hors OPTAM, et un praticien non conventionné en secteur 3 — pour un acte de suivi strictement identique. Basculez sur « suivi coordonné (APC) » dans le comparateur ci-dessus : l'écart se referme presque entre secteurs conventionnés, mais reste béant pour le secteur 3.
Une pénurie qui s'accélère
Données de l'Atlas démographique du Conseil national de l'Ordre des médecins, citées dans plusieurs questions écrites à l'Assemblée nationale en 2025-2026.
Ce que ça change, concrètement
- Le secteur 1 n'est pas rémunéré à sa juste valeur relative. À examen identique, un praticien qui reste à tarif opposable perçoit mécaniquement moins par consultation qu'un confrère en secteur 2 — sans que rien, dans l'acte lui-même, ne justifie cet écart.
- L'OPTAM ne corrige le problème qu'à moitié. Il redonne au patient la même base de remboursement qu'en secteur 1 (40 €), mais laisse au professionnel la liberté de dépassements modérés — un compromis qui n'existe pas pour les sages-femmes ni pour les généralistes.
- La sage-femme, professionnelle en première ligne de la prévention gynécologique, reste sur la base la plus basse (25 €) — alors même que la délégation de tâches vers les sages-femmes est présentée comme une réponse à la pénurie de gynécologues médicaux. Déléguer l'acte sans revaloriser sa base de remboursement revient à faire porter l'ajustement sur la profession la moins bien valorisée.
- Les zones déjà bien dotées se renforcent, les autres se vident. Un praticien libre de fixer ses honoraires s'installe préférentiellement là où la patientèle peut absorber un dépassement — ce qui concentre l'offre de soins dans les territoires déjà favorisés et aggrave les déserts médicaux ailleurs.
- Le secteur 3 (non conventionné) sort entièrement du système de conventionnement. La base de remboursement y tombe à un « tarif d'autorité » de 1,22 € — un montant resté quasiment inchangé depuis des décennies — quel que soit le prix réellement facturé. Ce statut reste marginal chez les gynécologues, mais il illustre la logique poussée à son terme : plus un professionnel s'éloigne du conventionnement, moins l'acte est valorisé par l'Assurance Maladie.
- Le parcours de soins peut, paradoxalement, corriger — ou aggraver — l'écart. En avis ponctuel de consultant (APC), la base de remboursement se réunifie à 60 € pour les secteurs 1, OPTAM et 2 hors OPTAM : le simple fait de passer par le médecin traitant efface une partie de la disparité. À l'inverse, l'absence de médecin traitant déclaré aggrave l'écart pour tous les médecins, sans jamais affecter la sage-femme.
- La mutuelle ne corrige pas l'origine du problème, elle en déplace la charge. Une garantie à 200 % de la base peut absorber une grande partie des dépassements en secteur 2, mais ne change rien à la base de remboursement fixée par la convention — et les patientes sans complémentaire, ou avec une garantie à 100 %, restent pleinement exposées à l'écart.